Beaucoups

Bertrand, un ami du Cameroun, me demande pourquoi le mot beaucoup ne comporte pas de "s" à la fin.

Voilà une question peu courante. Stoppons donc notre course un instant pour y répondre, allongé sur de beaux coussins.

 

Nous savons qu'au pluriel, la plupart des mots réguliers prennent un s à la fin.

Alors, pourquoi des mots qui génèrent le pluriel ne prennent pas de s ?

Plusieurs prend s. C'est logique. Mais quand on en veut encore plus, on arrive à beaucoup. Pas de s. Et encore plus, à trop, toujours sans s. Sans cesse plein de mots sans s!

 

Par contre, si tu réussis de multiples fois à t'enrichir en donnant un beau coup de pinceau pour grimer le joli cou de nombreuses jeunes filles affriolantes, qu'obtiens-tu ?

Beaucoup de beaux coups sur de beaux cous de beaux coups à beau coût !

 

Les courtiers ont beau couper dans les cours, leurs coupes sombres n'empêcheront pas les artistes d'exercer leur art dans beaucoup d'arrières-cours louées à baux courants.

Et le beau courant de leurs mots s'écoulera sans entrave dans le fleuve au long cours des histoires courtes comme celle-ci.

 

Et donc, si beaucoup ne prend pas de s, c'est parce qu'une fois coupé en deux mots distincts, ces derniers, tels des cousins qui n'en sont pas à leur coup d'essai, prennent leurs aises. Dans mes coussins!

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Commentaires : 6
  • #1

    Lecht Heurt (dimanche, 15 février 2009 20:18)

    J'apprécie beaucoup l'habileté de la phrase bleutée ci-dessus, mon seul regret étant de n'y avoir pas pensé plus tôt. Je lève à votre santé un bock ouvragé rempli de bon bock coulant. Savez-vous que dans l'ancienne France, les pêcheurs, de vieux schnocks qui vendaient des stocks de haddocks sur les docks, usaient du verbe oc ou oïl selon qu'ils étaient du midi ou du nord? Un bon pêcheur sait comment pêcher au bauquet, au bocain, ou au baucain, soit dit en passant, au cas où cela pourrait soulager ceux qui souffrent de bobos coûteux, ou dont les lavabos coulent, ou dont les cabots courroucés aboient quand ils voient des nabots couards aux pieds bots courbés dans des sabots courir pour se réfugier sur des escabeaux couverts de lambeaux cousus par des mains qui savent comment, avec un bec-de-corbeau, couper un hameçon accroché à un turbot couplé à un barbeau couché avec un crabe aux couleurs sombres de corbeaux couronnant les tombeaux coupables éclairés de flambeaux qu'oublient d'éteindre les beaux couillons à l'heure du couvre-feu.

  • #2

    Jeancri (mardi, 17 février 2009 21:45)

    Marc,
    Lecht,

    Puis-je poser une contre-question ?
    Si cela avait un sens de mettre "plusieurs" au singulier ? retirerait t'on le "s" ?
    Je crois que non... On parle de plusieurs jolies filles... Plusieurs reste de marbre devant la féminité des jolies filles, et ne varie pas...Pourquoi varierait t'il au singulier ?

    - cela n'a pas de sens de mettre plusieurs au singulier ?
    Je m'en vais vous le prouver.
    D'abord, on met bien beaucoup pas au pluriel...
    Ensuite... personne n'a réagit à l'accord du verbe "reste" au singulier quand on dit "plusieurs reste de marbre...", preuve que plusieurs peut être au singulier.
    Enfin la dernière question... Avez-vous trouvé le bon accord ? Je ne m'en sors plus, Sieur...

    Ca a du sens de mettre plusieurs au singulier.

    Jeancri

  • #3

    Lecht Heurt (samedi, 28 février 2009 19:38)

    Les Québecois ont décidé depuis longtemps d'ajouter un e à toutes sortes de mots masculins pour en féminiser la fonction: ainsi des professeures, des auteures, et des docteures. Car le proverbe est évident qui proclame "Mieux vaut être une docteure qu'une doctoresse!" Absolument, le son est bien plus élégant et sympathique, relativement parlant. Je connais plusieures docteures capables d'expliquer l'étymologie de "plusieurs", un adjectif ou pronom indéfini pluriel connu de longue date. On en trouve la trace dès le onzième siècle sous la forme "li pluisur" «le plus grand nombre» ou encore sous la forme "plusor" et "plusurs" (au onzième siècle, les gens n'avait pas encore appris à épeler les mots correctement, vu qu'ils n'avaient pas encore inventé un éplucheur de pommes de terre capable d'éplucher plucheurs patates en fines éplusures). Le mot dérive du latin populaire pratiqué dans les cuisines souterraines de monastères retirés, qui modifia le bon vieux "plus" en "pluriores" (élargissement à l'aide du suffixe -ior des comparatifs du latin classique "plures," «plus nombreux»), et puis en "plusiores", qui nous apporta notre cher "plusieurs". "Plusieurs" veut donc dire "plus que plus" puisqu'il résulte d'un ajout du comparatif de supériorité au mot "plus" lui-même. Jeancri propose, non pas de féminiser "plusieures" même en parlant de jolies filles, mais d'enlever le s final, ce qui serait une contribution supplémentaire à la dégradation du latin classique entreprise il y a belle lurette. «Beaucoup», par contre, naquit au quatorzième siècle de "biau cop" (grande et belle chose") pour bientôt signifier "une grande quantité" (passage classique du qualitatif au quantitatif après la découverte du calcul écrit). “Beaucoup" a donc un sens singulier (une belle quantité de) plutôt que pluriel comme «plusieurs» (plus que plus). «Beaucoup de jolies filles» veut ainsi dire "une belle quantité de jolies filles" tandis que «plusieures jolies filles» veut dire "un plus grand nombre de beaux coups québecois que d'habitude".

  • #4

    Euclide (jeudi, 14 octobre 2010 01:16)

    Merci pour la petite leçon, à force de me poser la question, je pense désormais m'en souvenir et immortaliser cela par ce commentaire. ;)

  • #5

    Oxygène (mardi, 05 juin 2012 21:15)

    Je ne suis pas un grand lecteur de poésie mais franchement j'adore tes phrases Lecht Heurt, çà sent l'expérience.

    Le nouveau auteur d'hier.

  • #6

    Jerem (mercredi, 11 juillet 2012 13:28)

    c'est très réussi, bravo !