Histoire de dogue

En ce matin clair le mâtin au pelage clair du clerc de notaire avala son brouet mâtiné de thym.

La gamelle vidée prestement  en quelques bouchées, le bouledogue eut encore faim.

Son râle devint rogue, ce qui mit les boules au clerc qui prit sa drogue.

Drogué, le clerc se sentit voguer dans une bogue géante sur les nuages ouatés dans un ciel moite.

Ce radin sentit néanmoins les crocs du mâtin se refermer sur sa chair.  Le clerc claironna de douleur.

Il fit un croc-en-pattes à l’ennemi des félins qui lâcha prise et vit défiler les étoiles.

Le dogue se fit moins arrogant et se chercha une autre victime consentante. Un yorkshire nain qui passait par là fit l’affaire.

La suite fut moins drôle, cher lecteur, puisque le dogue fut bituminé dans l’autoroute E411, ce qui renvoie à ma nouvelle plus ancienne: relis "Bitumination"!.

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Commentaires : 2
  • #1

    Lecht Heurt (vendredi, 19 décembre 2008 11:27)

    Le septante-troisième Doge de Venise, Marco Barbarigo, fut protégé durant les neufs mois de son court dogat par trois dogues menaçants.

    Il les nourrissait de boules, ce qui fait que le bas peuple les appelait "bouledogues".
    Mais il y avait d'autres dogues à cette époque: les balledogues (qui couraient après les balles sur les courts de tennis), les belledogues (qui couraient après les belles de nuit), les bêledogues (qui couraient après les chèvres), les billedogues (qui couraient après les billes), les biledogues (qui couraient après les anxieux), les boldogues (qui couraient après les chanceux), et les bulledogues (qui couraient après les bulles).

    Les boulledogues comme les bouldogues résultent du croisement de boldogues avec des bulledogues, et ne sont pas à confondre avec des bouledogues.
    Ceci n'est malheureusement plus qu'une discussion académique, car toutes ces autres espèces de dogues sont aujourd'hui éteints.

    Il y a bien des chiens qui courent encore aujourd'hui après les balles, billes, belles, bulles, chèvres, anxieux et chanceux, mais c'est au hasard des occasions, et ce ne sont pas les dogues spécialisés de jadis.

    Pour en revenir à Marco Barbarigo, un jour qu'il se promenait sur la place Saint-Marc (qui n'était pas encore grandiose) entouré de ses dogues menaçants, et en compagnie de sa tendre épouse Lucia, un pauvre homme en guenilles vint quémander une aumône.
    Le bon Marco, connu pour sa générosité auprès des infortunés et son désir de leur assurer justice, lui tendit une piécette d'or.
    Le pauvre sourit largement, révélant l'unique dent qui pendait au milieu de sa mâchoire.
    Il tendit le bras au-dessus des dogues pour recevoir la piécette.
    Les bouledogues, déjà indisposés par l'odeur nauséabonde dégagée par les guenilles sordides, crurent détecter une menace dans le geste avide, et sautèrent à la gorge du pauvre pauvre.
    Marco tenta de s'interposer, mais les bouledogues, qui ne faisaient pas de quartier, eurent vite fait de réduire le miséreux en quatre quartiers.
    Horrifié, Marco ferma les yeux et s'évanouit.

    Mais Lucia, fascinée, repéra l'unique dent arrachée qui gisait sur une dalle et la ramassa.
    Elle la frotta avec un mouchoir de soie rapporté deux siècles plus tôt de Chine par l'illustre Marco Polo.
    Le tartre tomba, dévoilant un diamant intensément brillant. Lucia cria de joie.
    Elle secoua Marco qui revint à lui et lui montra le merveilleux bijou.
    Marco proposa d'en faire don à une oeuvre de charité, afin de ne pas attirer le malheur.
    Lucia, que la vue du diamant rendait moins sensible à ce genre de subtilité métaphysique, déclara qu'elle n'en ferait rien, et que ce beau diamant lui revenait en droit puisque c'était son geste qui avait transformé la dent en une pierre adorablement précieuse.
    Elle en fit faire un collier, qu'elle arbora fièrement jour après jour.

    Il s'avéra que le pauvre vieillard n'avait aucune famille, et personne ne vint réclamer la dent d'origine mystérieuse.
    Mais Marco chaque jour devenait de plus en plus triste à la vue de ce diamant pendu au coup gracile de Lucia.
    Lucia, rendue éperdument joyeuse par son collier, ne s'aperçut pas de la dépression de son mari.
    Celui-ci mourut de tristesse le 14 août 1486.
    Lucia versa une larme, qui atterrit sur le diamant.
    Elle le frotta aussitôt avec le mouchoir de soie, et hurla soudain de désespoir: la dent avait perdu toute brillance, le diamant était redevenu une simple gencive usée et entartrée, légèrement sanguinolente, comme au jour où elle l'avait ramassée.
    Lucia sombra dans la folie et finit sa vie dans la cave d'un couvent.
    Le mouchoir de Marco Polo fut déposé avec la dent dans une crypte dont plus personne aujourd'hui ne connaît l'emplacement.
    Le frère de Marco, Agostino, lui succéda au dogat de Venise.
    Cet épisode n'eut pas d'autres conséquences sur l'histoire.
    Et les bouledogues, dans tout cela? Eh bien, comme Marco n'était plus là pour leur donner des boules, ils perdirent la boule et rejoignirent Lucia dans la cave du couvent, oû ils périrent en même temps qu'elle.

  • #2

    Jean-Christophe (vendredi, 19 décembre 2008 11:29)

    Le célèbre Gospel "My dog is a good dog" doit à peu près raconter cette histoire là aussi je pense... mais j'avoue que je ne connais pas si bien l'anglais.