Crrrrruuuuuîîîîîîîîîkk!

L'autre jour, je voyageais en train en France.
 
Dans toutes les gares on vous demande de "composter" votre billet avant de monter dans le train.

La raison de cette étrange validation préliminaire n'est pas expliquée : le contrôleur poinçonne de toute façon le billet dans le train.

 

Dans toutes les autres nations, le poinçonnage du billet dans le train suffit pour le contrôle, ce qui paraît somme toute logique.

 

Comment alors expliquer cette exception hexagonale?

 

En réfléchissant un peu, pardi!

 

Tout d'abord, le terme utilisé est "composter", pas "poinçonner".

Il s'agit donc de deux opérations bien distinctes: l'une à l'initiative du voyageur, l'autre du contrôleur.

Les passionnés de jardinage soucieux de recycler leurs déchets verts savent que le compostage est cet art de transformer les résidus organiques en matière fertilisante grâce à un processus de fermentation contrôlée.

Les billets de train sont en papier cellulosique éminemment recyclable mais difficilement biodégradable.

 

Les responsables de la SNCF, avant-gardistes et très à la pointe de la protection de l'environnement, ont donc eu une idée génialissime!

Préparer les billets usagés des usagers au compostage!

"Compostez votre billet" est simplement une expression simplifiée pour raccourcir sa véritable signification: "Préparez votre billet à être recyclé par compostage".

 

Comment cela marche?

 

Le voyageur introduit le billet dans la fente d'une petite machine jaune; on entend un bruit bizarre "ccrrruuîîîkk" puis on ressort le billet.

Ce dernier comporte maintenant des indications violettes de la date et de l'heure de compostage.

Et nous avons l'impression que c'est imprimé à l'encre.

 

Pas du tout!

 

Le compostage implique l'action de bactéries de dégradation par digestion.

Les petites machines jaunes sont en réalité des réacteurs bactériens !!!

Quand vous glissez le billet dans la bouche-fente,des dents en forme d'horaire variable se referment dessus, et des bactéries violettes sont injectées sur le papier, dans un bruit de mastication prédigérante: "ccrrruuîîîkk".

Ces bactéries vont lentement diffuser dans tout le billet. Une fois jeté à la poubelle, le billet, devenu naturellement davantage biodégradable, poursuivra rapidement sa décomposition.

Le compost de billets  de train est principalement utilisé pour fertiliser les potagers des pensionnés des chemins de fer qui cultivent le long des voies.

 

Quand vous prendrez le train en France, soyez donc prudents. Une fois votre billet "composté", ne le touchez plus des doigts!

Vous pourriez ne plus vous réveiller le lendemain, ou alors déjà en voie de décomposition!

 

A noter que lorsqu'un pompier prend le train, l'opération de validation de son billet s'appelle le pompostage (voir billet antérieur sur le chaton du pommier).

Pour composter un billet pomposté, il faut le remettre à un postier posté au pied de la Poste qui le déposera pour vous au bureau de compost le plus proche.

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Commentaires : 1
  • #1

    Lecht Heurt (samedi, 06 juin 2009 04:37)

    Vous avez mis le doigt sur la réponse à un mystère qui m'a longtemps turlupiné! Le compostage français m'avait toujours paru incompréhensible chez un peuple plus cartésien que Descartes. Redondance procédurielle et ineptitude lexicale ne sont pas les mamelles de ce pays postlatin, pourtant. Je vous suis reconnaissant pour votre explication, bien meilleure que celle que j'avais conçue jadis. J'avais cru en effet que les appareils jaunes s'appelaient composteurs parce que seuls les cons les prennent pour des boîtes postales. J'ai un jour vu un petit vieux y enfoncer tout un paquet de cartes de Noël, et s'extasier de pouvoir les estampiller de la date du jour gratuitement. Les cons posteurs sont vraiment timbrés. Mais foin de cette croyance maintenant caduque. Si l'encre des composteurs sert à accélérer la décomposition des tickets et des doigts qui y touchent, alors je ne m'étonne plus de l'extrême densité de trottoriens au pourtour des poteaux porteurs de composteurs.