Gaufre de Bruxelles: du panache à la panade

L'autre jour je me trouvais à Bruxelles avec un super ami de Lilles, pour nous balader et visiter quelques hauts lieux.

 


L'ami bien généreux m'offrit une gaufre.
Vous savez, une gaufre de Bruxelles bien chaude recouverte de sauce au chocolat  et avec de la glace vanille par dessus.

 


Le délice fut servi dans un ravier en plastique, avec une petite fourchette en plastique aussi.
C'est facile, ce résidu de pétrole transformé en barquette et fourchette est utile à bien des choses...

 

La bagarre commença. J'attaquai la gaufre avec la fourchette. Mal cuite et donc encore pâteuse, la gaufre résistait. Rien de plus mal aisé que de vouloir découper un morceau de gaufre mal cuite avec la tranche d'une fourchette en plastique!
Un coûteau aurait été plus utile, me direz-vous, mais ce luxe-là n'était point offert par la diligente commerçante.
La bataille cisaillante dans la barquette tourna au cauchemar. Le chocolat se répandit partout, la boule de glace vanille fondue se mêla à la partie.
Le magma brunâtre et pâteux devint infâme.
Le délice bruxellois transformé en panade dégoulinante me fit songer à la situation politique kafkaïenne de mon pays.
A ce stade désespéré, une cuillère eut été plus avantageuse. Car ramasser du liquide avec une fourchette n'est pas des plus efficaces !

 

La barquette à moitié victorieuse finit par atterrir promptement dans une poubelle. L'ensemble finira sa vie peu glorieuse dans l'incinérateur de la ville.
Transformés en CO2, le plastique et les résidus organiques alimentaires auront malheureusement contribué à réchauffer et humidifier un peu plus encore notre climat.
 
Pardon, chers amis de Russie asphyxiés et caniculés. Le milionième de degré de trop, celui qui a fait s'enflammer la forêt radio-active, est venu de l'incinération de ma barquette.
Pardon, chers amis du Pakistan inondé. La goutte de trop, celle qui a fait s'éventrer un barrage de retenue, est venue de l'évaporation des restes de ma boule de glace.

 

La prochaine fois, je me contenterai d'un verre d'eau.

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Commentaires : 1
  • #1

    Lecht Heurt (lundi, 10 janvier 2011 00:10)

    Nous, marchands de gaufres bruxelloises, ne vendons pas de verre d'eau et refusons de jamais le faire. Nous jugeons le compte rendu de votre expérience (panade dégoulinante) injurieuse pour notre commerce et diffamante pour notre réputation. Même en admettant que votre gaufre fut accidentellement insuffisamment cuite, nous rejetons toute possibilité de sa dégradation en panade dégoulinante sous l'effet conjugué d'une fourchette en plastique non cisaillante, de la fonte d'une boule de glace à la vanille, et de l'épanchement de la sauce au chocolat. Le fait est que toutes nos gaufres sont produites à base de caoutchouc depuis longtemps. Cela confère à nos produits une élasticité réjouissante pour le palais, ainsi qu'une propagation optimale des parfums vanillés artificiels que nous injectons à grands jets dans la pâte vulcanisée pour mieux attirer le chaland en quête de titillements gustatifs et olfactifs. Le caoutchouc est d'autre part imperméable, et c'est là la raison pour laquelle votre récit n'est qu'une infâme affabulation. Jamais nos gaufres ne pourraient se liquéfier. Pourquoi croyez-vous que le pourvoyeur de pain de votre jeunesse engalochait ses chaussures les jours de neige ou de pluie? Et où croyez-vous qu'il les avait achetées, ces galoches noires qui traînaient derrière le vélo dans le corridor sombre? Oui, chez l'un de nous, un soir qu'il s'était arrêté non pas pour acheter une gaufre--jamais ne nous en acheta-t-il aucune, le pingre futé--mais pour nous demander de le tirer d'une flaque profonde où il s'était entravé jusqu'aux genoux. Ses pieds trempés dans des chaussures noires luisantes de gadoue le convainquirent de se laisser caoutchouter les pompes. Ce fut un excellent investissement. Bien des cyclistes suivirent son exemple, qu'il promenait partout dans la ville avec un sourire satisfait. Nous vendîmes des milliers de paires de galoches. Votre père utilisa toujours la même paire pendant des décennies, car le caoutchouc que nous utilisons dans nos gaufres est d'excellente qualité. Voilà pourquoi votre conte n'est qu'un mensonge, pour lequel vous ne méritez que des taloches.