Histoire de timbré

"Le timbre de la voix provient-il de plusieurs facteurs?"

Voilà la question (non timbrée) à laquelle me soumet Isabelle, fidèle lectrice de mes hautes œuvres.

 

Commençons par analyser le timbre.

Cette petite pièce de papier que beaucoup collectionnent est utilisée dans le monde entier pour orner l’enveloppe de notre courrier de belles images.

C'est même dommage, lorsque nous recevons une lettre ou une carte postale, que ces images soient abîmées par l'encre des tampons peu clairs de la Poste.

 

La forme du timbre se caractérise par la découpe typique de ses bordures en petits créneaux concaves.

C'est pour nous rappeler les châteaux-forts du Moyen Age, avec leurs remparts crénelés.

En effet les créneaux ont été inventés pour pouvoir canaliser l'arrivée et la réception des pigeons voyageurs.

Ceux-ci étaient dressés pour ne passer qu'entre deux créneaux horaires bien précis.

La forme particulière des timbres rend donc hommage à l'adresse des pigeons voyageurs.

Regrettons que de nos jours les timbres perdent leurs bordures crénelées au profit de timbres autocollants à bords plus lisses.

Déboussolés, les pigeons voyageurs ne livrent ces enveloppes-là qu'au jour J+2, et souvent se trompent de boîtes aux lettres.

 

Venons-en maintenant à la voix.

Nos exploits phonatoires se distinguent d'un  individu à l'autre par plusieurs facteurs, tels que les cordes vocales, la forme des dents, de la mâchoire et des sinus, le bombement du palais, les mouvements de la langue...

Notre voix est surtout déterminée par la résonance qui prend place dans le larynx et la bouche, et de la maîtrise de l'oropharynx, partie de la gorge située en arrière de la bouche.

La voix résulte du passage de l'air dans le larynx, au fond duquel se trouvent les cordes vocales. Celles-ci s'ouvrent quand on respire, mais on les resserre pour produire un son.

Les mots, parlés ou chantés, sont créés par la modulation de ce flux d'air.

Voilà pour l'explication scientifique.

 

En réalité, notre voix provient de petits êtres minuscules "porteurs de voix", les "vociférants". Ces vociférants logent dans notre gorge.

 

Quand nous pensons et voulons émettre une phrase, des micro-postiers cérébraux, facteurs microscopiques de la taille d'une bactérie, captent nos messages, les transforment en phrase qu'ils timbrent puis transportent à vélo jusqu'à notre gorge.

Alors, se saisissant d'un archet, les vociférants jouent la partition sur nos cordes vocales tel un violon, ça nous chatouille, nous ouvrons la bouche tel le pavillon d'un mégaphone, et ainsi nous avons l'impression de parler alors que ce sont les vociférants qui nous font parler!

Cela explique, chers amis, que parfois nos paroles dépassent nos pensées quand nous sommes énervés.

Dans ce cas il nous arrive de vociférer de vilaines paroles, et de passer pour des timbrés!

 

Et lorsque nous faisons un peu trop la fête et buvons plus que de raison, l'alcool imbibe le micro-postier, notre facteur cérébral en goguette.

Il titube sur son vélo, qui déraille. Voilà qui explique notre voix éraillée!

 

Alors, oui, notre voix provient donc bien de plusieurs facteurs. A nous de bien les soigner pour avoir une belle voix!

 

Notamment au Nouvel An, quand ils viennent sonner pour les étrennes.

 

Le timbré

   

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Commentaires : 2
  • #1

    Marcus! de Sid' (jeudi, 11 février 2010 08:34)

    Bravo et encore Merci tonton'

  • #2

    Lecht Heurt (vendredi, 12 février 2010 03:01)

    Je m'appelle Phil, je suis athée, et j'aime la musique de List. J'ai lu votre histoire et ça me donne l'idée de témoigner. J'ai deux jobs: un mi-temps comme poinçonneur de tickets dans les trains entre Namur et Charleroi, et un mi-temps comme facteur à Franière. Dans le train il y a des tas de gens bizarres: les timbrés de la voie. Ils sont plutôt voyants, avec des voix aux timbres métalliques. Certains collectionnent les timbres et se les échangent sur le quai en face de la voie. Un coup de vent souvent emporte ces timbres et les dépose parmi les cailloux bruns qui jonchent l'espace entre les traverses. Quand un train passe, des gouttes d'urine tombent au hasard des occupations de latrines et s'épandent sur l'avers des timbres, qui se collent sur les cailloux ou sur le flanc des rails. Au fil du temps, la voie est devenue toute timbrée. Cela attire davantage de collectionneurs timbrés qui veulent descendre sur la voie pour décoller les timbres, mais c'est bien sûr dangereux et interdit. Mon rôle est de les en empêcher, mais le facteur en moi fait que j'attends que ces pauvres timbrés aient d'abord décollé quelques bons timbres, surtout les rares et précieux (je m'y connais), avant de fondre sur eux avec toute la foudre dont un contrôleur au visage sévère et moustachu est capable. Je leur colle une amende et confisque les timbres décollés. Un jour j'aperçus un timbre non estampillé de très haute valeur (lié à l'Exposition Universelle de 1910) sur le coin d'un caillou émergeant sous un rail. J'attirai l'attention d'un timbré que je savais fou de timbres, et lui dit combien c'était dommage de voir une telle rareté rendue inaccessible par le code de conduite sur les quais de gare. Puis je m'éclipsai derrière un panneau publicitaire et guettai. L'individu ne put résister à la tentation et sauta sur la voie. Comme le caillou était inexorablement coincé sous le rail, il dut décoller doucement le timbre, ce qui lui prit beaucoup de temps et d'attention—tellement qu'il ne vit pas le train entrer en gare. Je me précipitai à la dernière seconde, juste comme il finit de détacher le timbre. Je lui criai de me tendre la main, ce qu'il fit mû par une grande frayeur. Ma main glissa et je ne pus qu'attraper le timbre qu'il brandissait. Pauvre homme. On me félicita pour avoir tenté de le sauver. Heureusement personne ne vit que mon acte était cousu de fil à thé lisse tout blanc.