La balade des enjoliveurs

Il y a quelques jours, je me rendis en voiture à l'aéroport de Bruxelles pour m'envoler vers la Tunisie.

Il faisait fort froid. L'hiver régnait encore. Les semaines précédentes avaient connu nos routes souvent bien enneigées et verglacées.

 

Je roule sur l'autoroute, quand tout à coup mon regard est attiré par un phénomène inhabituel !

Des dizaines, des centaines d'enjoliveurs de roues ornent les talus de déblais et bas-côtés longeant la chaussée !

Des enjoliveurs !!!  Vous savez ? ces disques métalliques placés sur les roues pour cacher la laideur des moyeux et leurs vilains boulons.

Alors la question est évidente : pourquoi ces enjoliveurs se baladent-ils si nombreux le long de nos routes ? Comment font-ils pour quitter la roue ?

Pourquoi préfèrent-ils les talus ?

Nous avons mené notre enquête.

Et nous avons interviewé le Protecteur des enjoliveurs : l'Ange Oliver. Il nous a livré deux explications qui se complètent.

Les enjoliveurs qui ornent les roues de voiture en ont marre de ce rôle. Imaginez un peu: toujours à ras du sol, à attraper les gravillons, l'eau, la boue...
 
Alors il leur arrive de partir en roue libre, pour bénéficier des caresses affriolantes des herbes de talus.

Cependant, où chercher la force pour s'extirper des clips les enfermant sur la roue ?

 

Et voici la seconde explication. Tous les enjoliveurs qui jonchent les bords de chaussée ne proviennent pas des roues de voiture !!!

En effet, on remarque qu'à certains endroits, les enjoliveurs sont plus nombreux qu'à d'autres, et se regroupent en grappes d'une dizaine d'individus.

La moitié d'entre eux sont des champignons ! Voilà qui explique tout ! Les enjoliveurs-champignons sont des amanites transformées par mutation génétique urbaine, adeptes des talus autoroutiers.

La nature s'adapte constamment. Un enjoliveur-champignon ne peut se reproduire qu'avec un enjoliveur-roue.

 

Très enjôleurs, les enjoliveurs-champignons émettent une phéromone qui attirent les enjoliveurs-roue de manière irrésistible ! Voilà la Force d'attraction ultime: l'amour, toujours l'amour !

 

On n'a pas encore compris comment se passe l'acte de copulation entre enjoliveurs. Si parmi vous il se trouve de patients observateurs de la nature, qu'ils se signalent.

Il semble que l'acte se passe vers 2h du matin, par nuit sans lune. Il suffit de se laisser guider par les bruits de frou-frou métallique et les grincements d'extase.

 

Alors, chers automobilistes, quand vous roulez sur les autoroutes à trois bandes, ne pestez plus contre ceux qui monopolisent la bande centrale.

C'est la meilleure place pour se trouver le plus loin de l'influence attractive des enjoliveurs-champignons ! Ces conducteurs tiennent tout simplement à protéger la beauté des roues de leur petite auto !

Ne les mettez pas en geôle, l'hiver !

 

 

L'ange geôlier engnôlé par l'ivre ver.

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Lecht Heurt (samedi, 20 mars 2010 03:41)

    Il y a beaucoup de nids de poule, dans ma ville. Ces nids sont profonds. La nuit, on ne les voit que trop tard. Ces nids ne sont pas douillets pour les voitures. Les roues s'y engloutissent brutalement. Elles en ressortent souvent moins rondes. Et déchaussées de leurs enjoliveurs. Chaque fois que je perds un enjoliveur, je suis obligé de m'acheter une nouvelle voiture. Parce que remplacer un enjoliveur, cela prend trop de temps. Alors je remplace la voiture à la place. C'est plus rapide. Evidemment, c'est plus cher. Mais pas vraiment, car mes enjoliveurs, je les aime plaqués d'or et incrustés de diamants. Leur brillant attire les regards envieux des gangs dans la rue. Ils n'osent pas me les voler, car ils n'ont pas envie de souffrir comme le premier (et le dernier) qui le tenta. Mais je suis sûr qu'ils creusent des nids de poule rien que pour récolter mes enjoliveurs à la faveur de l'obscurité, quand je n'ose sortir de la voiture de peur de recevoir un coup de poignard dans le dos. Alors j'évite de rouler la nuit. Mais le jour, je me balade sous leur nez dans ma décapotable en arborant un sourire confondant qui exhibe ma denture blanche immaculée au dessous de lunettes noires miroitantes. Ces gangs ne m'aiment pas. Mais ils me craignent car ils n'aiment pas pâtir dans la chair. Et j'ai une réputation infernale. C'est très utile, ce genre de réputation. Je la soigne de temps à autre en lançant indirectement des rumeurs à faire trembler les tortionnaires les plus endurcis. Et pourtant je suis un ange. Qui l'eût cru? Un ange qui donne le change pour ne pas perdre ses plumes. Un ange au sourire enjôleur, pour engeoler les joailliers et leur faire livrer dans ma loge les bijoux qui ne délogeront pas de mes enjoliveurs lévogyres. Quel bel enjeu pour qui joue du banjo, lit vers poétiques pour Angèle, lie vertus pour l'ange au lit véreux, mange olives vertes, et crache les noyaux dans la fange, jolie vérole en sus. Au revoir, Jean, Joe, Lee, vermines dont je me venge haut, l'hiver, pour mes beaux enjoliveurs.