La poliorcétique

 

 

Sur une idée de Laurent.

 

 

Aujourd'hui, on me demande d'évoquer la poliorcétique. Bien volontiers.

La poliorcétique, mes amis, est un grand art ancien et étrange pratiqué par les poliorcètes, petits êtres mi elfes, mi animaux habitant la Poliorcétie.

 

 

Le poliorcète est à la Poliorcétie ce qu'est le marsupilami à la Palombie: difficilement repérable et rare. Mais si le marsupilami est irritable surtout si on lui pique ses piranhas du petit déjeuner, le poliorcète, quant à lui, n'est irritable que si un porc-épic lui pique ses ananas du dessert.


Situons d'abord géographiquement la Poliorcétie, longtemps assiégée par les hordes celtiques parties à la découverte du nouveau monde. Il s'agit d'une région de collines boisées à vallons lacustres, située au sud-nord-ouest de la Palombie.
La Poliorcétie et la Palombie s'inscrivent au cœur d'un vaste territoire appelé la Bandessinée, région imaginaire gouvernée par le roi Alméric Dunör, fier viking celte au regard hagard.

 
Les poliorcètes sont des êtres polymorphes cousins de l'ornithorynque et du singe. Ils ont un bec de canard, des mains palmées, un corps de chimpanzé, et des oreilles pointues. Les formes les plus elfiques sont également ailées.
Leur nom provient d'un assemblage savant et pataphysique de nombreux traits remarquables.

 

En les observant dans un pré, Sario, un naturaliste, a découvert un fait culturel: les poliorcètes ont le front poli. Et leur front poli, Sario nous le détaille, peut être obtenu en recourant à diverses techniques de ponçage. Le papier émeri est une technique connue mais un peu fastidieuse, et ce n'est pas évident d'en trouver dans la forêt poliorcète.
Le gant en peau de requin offrirait de meilleurs résultats, mais il n'est pas courant de trouver des requins au fin fond des marais.
La méthode observée sur le terrain est courageuse et risquée: le poliorcète se rend en Palombie et pique les piranhas du marsupilami.
Ce dernier, très irrité par l'affront, se saisit du poliorcète indélicat et lui apprend la politesse en frottant très fort son front sur une carapace de tatou non poli.
Le procédé peut paraître sauvage, car rien n'est plus rugueux que la carapace d'un tatou non poli. "Or, c'est éthique!" assure Sario avec sérieux.
C'est certes assez douloureux comme procédé, mais remarquablement efficace.


Le front du poliorcète, à force d'être ainsi frotté, brille comme un miroir.
Pour communiquer entre eux, les poliorcètes se juchent sur une hauteur, captent puis reflètent les rayons du soleil ou de la lune sur leur front. Ils dirigent le reflet vers leurs congénères.
Ceux-ci décodent sans problème le message éblouissant qui leur parvient par saccades, tel un langage morse.


Quand le ciel est nuageux, ce système devient défectueux, et le poliorcète coupe toute communication. Il se retranche dans un mutisme forcené jusqu'à l'éclaircie suivante.

 
Les manières du poliorcète sont avantageusement aimables et attentionnées pour autrui. Le poliorcète est poli. Et plus son front est poli, plus il est poli.
On distingue donc des poliorcètes polis polis, des poliorcètes polis peu polis, des poliorcètes pas polis polis et des poliorcètes pas polis peu polis.

 
Le poliorcète est plutôt facétieux. La Poliorcétie est d'ailleurs le royaume des facéties. Les poliorcètes facétieux aiment taquiner leurs amis. Une de leurs facéties favorites consiste à aveugler leurs congénères quand ils sautent de branche en branche. Le poliorcète ébloui manque sa prise et tombe. Tout le monde rit.
Ils sont donc polissons, les poliorcètes. Quand ils partent en troupe se faire polir le front chez les marsupilamis, leur chef Poli, sage autant séditieux que facétieux,  leur dit: "Polissons nos fronts, poliorcètes polissons!"


Les poliorcètes polissons sont friands de poissons. Ils enduisent de poisse la grande queue du marsupilami. Comme ça les piranhas qui sautent sur la queue du marsupilami glissent, et tombent dans la nasse des polissons. 

Le poliorcète, comme tout animal à poil se baladant dans la nature, est l'hôte de tiques. Ces tiques sont peu éduquées et ne connaissent pas les bonnes manières.
Poli, hors ses tiques, Poli remercie les marsupilamis polisseurs de front et ramène ensuite sa troupe bien polie en Poliorcétie.

 

En résumé, cher lecteur assidu, la poliorcétique est donc une ascèse spéciale désignant l'art facétieux d'enduire la queue d'un marsupilami de poisse.
Et si ensuite le marsupilami vous attrape, la poisse change alors de camp: inutile de faire front!

 

Voilà.

 

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Bouraoui Med Malek (lundi, 26 janvier 2009 12:25)

    merci marc
    juste je doit basculer entre votre fenetre et le wikipedia
    pour comprendre cette nouvelle
    bravo

  • #2

    Lecht Heurt (samedi, 03 octobre 2009 02:31)

    La poliorcétique est un art très ancien qui n'a cessé d'évoluer au cours des siècles selon les progrès technologiques. Il s'agit de l'art d'assiéger des places-fortes, châteaux, donjons, villes fortifiées, et nids de marsupilamis. Comme jamais aucun stratège n'a réussi à faire tomber un nid de marsupilami (le but ultime de l'art), je me suis demandé pendant des années qu'est-ce qui rendait ces nids imprenables. Après tout, on n'a jamais vu de marsupilamis assiéger donjons ou ponts-levis, ce qui fait qu'il est douteux qu'ils aient développé l'art de leur défense en étudiant l'art de l'attaque. Mais oui mais c'est bien sûr, m'écriai-je un jour, c'est précisément parce qu'ils ne savent pas comment attaquer qu'ils savent comment se défendre! Je me précipitai en Palombie, négociai avec un clan de marsupilamis, leur promit un approvisionnement ininterrompu de piranhas bariolés, et les persuadai de venir s'établir en mon manoir entouré de douves poissonneuses. J'ai pu ainsi congédier ma garnison, qui coûtait cher sans offrir aucune garantie autre que celle de ripailles bruyantes. Bien des hordes barbares ont essayé de s'approcher de mes murs, mais jamais n'ai-je dû leur jeter même un bref regard depuis les créneaux. J'ignore ce que les marsupilamis faisaient, mais je me suis habitué à entendre leurs longues queues claquer comme des fouets dans le lointain à intervalles aussi brefs qu'irréguliers. Ces claquements s'accompagnent de cris glauques vite éteints, mais je ne les perçois que si le vent souffle vers mes fenêtres. Quand les marsupilamis reviennent de ces équipées discrètes, j'ai remarqué qu'ils plongeaient dans les douves pour se faire nettoyer les poils par des piranhas soumis. Mais foin des détails, je ne suis pas intéressé par la zoologie, et les marsupilamis non plus. Mes serfs sont tellement contents de vivre en paix qu'ils ne se plaignent plus quand j'augmente leurs taxes pour acheter davantage de poissons pour nourrir les marsupilamis. Ces gentils animaux sont extrêmement plaisants avec moi et mes serfs. Mais ils sont cent fois plus prolifiques que des lapins, et ils grandissent vite. Comme je les aime bien, je les ai laissé nidifier dans les plus belles pièces du manoir. La petite soupente du grenier où je me suis retiré me convient parfaitement. Le trou dans la toiture me procure l'air dont j'ai besoin pour respirer et l'eau pour boire quand il pleut. Je suis bien content de mon sort et contemple avec joie mon territoire pacifié depuis les créneaux que je contemple par le trou du toit. Le camion du poissonnier du village vient de repartir. Il vient de livrer plusieurs tonnes de piranhas bien vivants, qui nagent dans les douves. Les marsupilamis s'en occupent très bien pour leur consommation personnelle. Mais au fond, mon manque d'intérêt pour les détails est tel que je me demande comment ces piranhas sont nourris pendant les semaines qui les séparent de leur pêche au bout d'une longue queue jaune tachetée de noir. Tiens, voilà le chef du clan qui vient me faire une visite. C'est inhabituel: ces animaux ne viennent jamais m'importuner. Il s'approche de moi, avec des yeux coquins. Sa queue se tire-bouchonne autour de ma poitrine. Ciel, est-ce possible? Poliorcètes, venez à mon secours!