Les navetteurs

Cher lecteur fidèle!

Aujourd'hui, nous parlerons des trains de navetteurs.

En Belgique, le navetteur qui prend le train tous les jours pour aller au travail et en revenir, souffre.

Il souffre des retards importants et quotidiens, des voyages supprimés pour cause de pannes de locomotive, de conditions climatiques déplorables, de manque de personnel, etc.

Cette souffrance se traduit par des émotions intérieures palpables et le plus souvent contenues. Rares sont les navetteurs qui explosent de colère sur les quais de gare, quand bien même tout le monde vit la même situation.

Elle est due à un tas de questions sans réponses et de réflexions diverses, qui germent continuellement dans sa tête, suite aux situations rencontrées.

Voici un florilège de situations, et le contenu des bulles BD qui apparaissent au-dessus des têtes des voyageurs.

1. Vous êtes dans une gare à plusieurs quais. Le train A doit arriver à 17h10 quai A. Le train B doit arriver à 17h20 quai B. Vous attendez fébrilement le train B. Voilà que le train A est annoncé avec 10 minutes de retard. Rien de spécial n'est annoncé pour votre train.

"L'accès à la gare pour les trains ne comporte qu'une seule voie. Si le train A arrive à 17h20, forcément mon train B aura du retard. "Ils" ne disent rien. ça fait au moins 5 minutes dans la vue. Grrr"

2. Votre train très en retard arrive enfin, mais le machiniste ne fait aucun effort: le train arrive à une allure d'escargot. Rien qu'arriver et s'arrêter le long du quai prend une minute. Et puis bien sûr le chef de train prend son temps avant de fermer les portes, alors que tous les passagers sont installés. Les minutes s'égrènent davantage. Le retard s'allonge.

"Bon Dieu, mais qu'est-ce qu'ils sont lents! Ah si j'étais machiniste, je leur montrerais, moi, comment on conduit un train, et comment on ratrape un retard. Grrr!"

3. Votre train très en retard roule en plus très lentement, et même s'arrête en rase campagne.

"C'est pas possible. "Ils" le font exprès. On est en retard, donc la voie devant est forcément libre! Pourquoi il va pas plus vite? Grrr!"

Le chef de train passe.
- Monsieur, pourquoi n'avance-t-on pas?

Variante 1:
- Désolé Monsieur. Y a un train devant.
Voilà la réponse sublime la plus souvent avancée par le chef de train.
Décortiquons la réponse.

"L'imbécile! Y a toujours des trains devant, et y a toujours des trains derrière, c'est l'horaire qui veut ça. Cela ne m'explique pas pourquoi! Grrr"
"S'il y a un train devant, d'où sort-il, puisqu'on est en retard, c'est qu'il y a plus rien devant depuis belle lurette! Grrr"
"Et pourquoi le train devant est-il si lent alors? Parce qu'il y a un autre train devant?"
"Y a beaucoup plus de voitures sur une autoroute qui filent à du 120 km/h l'une derrière l'autre, à une seconde d'écart. Pourquoi deux trains qui ne peuvent même pas se dépasser ne peuvent-ils rouler qu'à plusieurs minutes de distance l'un de l'autre? ça en fait des km de différence! De quoi mettre plein de trains! Grrr"

Variante 2:
- Désolé Monsieur. Le signal reste bloqué sur le rouge.

"Et les signaleurs qui bloquent le feu au rouge sont partis boire leur café? Grrr"
"Pourquoi le machiniste ne roule-t-il pas, Il sait pertinemment qu'il n'y a pas de train à des km devant lui! Grrr!"


4. L'annonce terrible est diffusée: "Chers voyageurs, votre train ne circulera pas ce jour. Veuillez nous excuser".

"POURQUOI POURQUOI POURQUOI??? Grrr"
"Et mon rendez-vous super important alors, tu t'en fous? Grrr"
"ça y est de nouveau pas avant 20h à la maison, comme hier et avant hier! Grrr!"
"Ils le savaient sûrement depuis des heures. Une loco en panne, ça ne se découvre pas en dernière seconde. Ils ne l'annoncent qu'au dernier moment. Ils l'auraient dix 5 minutes plus tôt, et je prenais le train dans l'autre sens pour rejoindre la ligne principale et prendre un train direct. Grrr"


Le point commun des réflexions du navetteur irrité et frustré est donc le "Grrr". On peut donc dire que le navetteur grommelle intérieurement.
Mais cela n'aide pas à apaiser l'esprit ni à apporter de réponses !

Navetteurs, grommelez désormais à haute voix! Brandissez des panneaux devant le nez des machinistes et des chefs de train, avec les mentions "Grrr! En retard! Grrr!"

Tous, grommelons à tue-tête notre ras le bol!

Mais à propos, d'où vient l'expression "faire la navette?"

La "navette" est officiellement l'outil des tisserands qui effectue des allers-retours sur le métier à tisser pour passer les fils dans la trame. Le mot est un diminutif de "nave" ou "nef" qui signifient tous deux "vaisseau", la navette ayant la forme d'une barque. "Faire la navette" signifie que l'on effectue des allers-retours incessants d'un lieu à l'autre, et de façon régulière.

En réalité, cher lecteur, un navetteur est un éleveur de navets de cinéma qu'il passe et repasse sans cesse sur son home cinéma.

Le navet de cinéma se cultive comme le bon navet de nos potages. Quand le navet de cinéma est mur, on fait survoler le potager par une navette spatiale remplie de canes.

On parachute la volaille sur les navets. Le festival de canes sélectionne le meilleur navet en se dandinant devant lui. Alors les fans et les dandys se ruent sur le navet de cinéma et le projettent partout.

Une fois projeté, le navet s'écrase sur l'écran. Il ne reste alors plus qu'à ramasser les morceaux et à les donner à manger aux canes.
Les canes à sucre préfèrent le navet sucré, et les canes à son le préfèrent au blé.

C'est ainsi que l'on peut suggérer aux dirigeants des chemins de fer, pour calmer l'ire des navetteurs, de les faire patienter en leur passant des navets sur les parois des wagons. Si tu trouves cette solution navrante, libre à toi d'en proposer une autre!

Le navetteur fou.

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Commentaires : 3
  • #1

    Lecht Heurt (samedi, 10 janvier 2009 02:01)

    Afin d'être complet, voici les phylactères qui flottent au-dessus du personnel ferroviaire affecté à la communication avec les voyageurs dans chacune des situations précitées.

    1. "Hihi, ne disons rien aux voyageurs qui attendent sur le quai B. Il y en a sûrement plusieurs qui vont s'interroger sur le retard de leur train avec anxiété. Il se fait que le train B a de l'avance sur le train A, ce qui est d'ailleurs pourquoi le train A est plus en retard, étant derrière plutôt que devant le train B. Mais ne leur disons rien. Haha, j'en vois un là-bas qui consulte sa montre et plisse du front. Oui, il se lève et se dit qu'il a le temps d'aller aux toilettes. Hihi, son train arrive dans une minute, et il va le rater! Hohohoho!"


    2. "Mieux vaut traîner quand on est en retard, car ce n'est pas une minute de plus ou de moins qui va modifier la contrariété des voyageurs. En fait, c'est une excellente occasion pour se relaxer et aller mollo. Il y a un voyageur là-bas qui en fait une tête! Il est en train de bouillir. Ça grommelle dur dans son for intérieur. Excellent! Il va faire un infarctus, et ça fera un passager de moins à poinçonner."

    3. "J'adore quand on me demande pourquoi on n'avance pas. J'ai toute une série de réponses courtes qui front grommeler dur les voyageurs. Par exemple, 'Désolé Monsieur. Y a un train devant.' Je ne suis bien sûr aucunement désolé, et mon explication est sciemment inepte. Ou encore 'Le signal reste bloqué sur le rouge.' Ça rejette la faute sur un signaleur invisible et tout puissant. Excellente façon de maintenir la populace dans une crainte superstitieuse. Cela contribue d'ailleurs grandement à accroître ma puissance sur eux! J'aime aussi celle-ci: 'Un dépressif s'est jeté sous le train.' Ça les fait frémir et jaser pendant des heures, et je collectionne toutes les tristes conneries que je peux entendre pour mon prochain bouquin sur les perles ferroviaires. Mais jamais ne réponds-je 'Je ne sais pas, Monsieur.' Il n'est jamais bon d'avouer son ignorance, pour éviter la perte de puissance. Une réponse également efficace est 'Des ouvriers sont en train de réparer un aiguillage un peu plus loin.' Ce genre d'explication attise le désespoir, vu le temps qu'on imagine que ça va prendre. Le plus gai, c'est quand un autre train nous dépasse à grande vitesse sur une voie adjacente. La façon dont les gens blêmissent tous en même temps, faut voir ça!"

    4. "Annuler un train attendu depuis des heures par des gens fatigués et pressés, il n'y a rien de plus jouissif. Nous annonçons le fait sans explication, et exigeons des passagers qu'ils nous en excusent. J'adore l'insolence de notre culot! D'un seul coup, d'une seule parole, nous affectons l'avenir immédiat de milliers de gens! Les navetteurs enragent, leurs veines de cou grossissent, le grommellement intérieur les assourdit, et nous nous promenons au milieu d'eux, goguenards et satisfaits. Les gens veulent savoir pourquoi! Quels imbéciles! Comme si la réponse allait changer quelque chose! Et d'autres veulent qu'on le leur dise plus tôt, pour qu'ils puissent faire d'autres plans ou prendre d'autres trains. Non non, ce n'est pas juste de vouloir changer le sort, surtout quand c'est nous qui en décidons! Que les voyageurs l'acceptent une fois pour toutes: vous n'êtes rien! Vous êtes à notre merci! Au lieu de grommeler, remerciez-nous plutôt et donnez-nous des cadeaux! Et à propos, nous aimons annuler les trains surtout quand il tombe une pluie froide à transpercer les os. Les gens se plaignent plus fort quand nous prenons l'eau comme motif."

  • #2

    Jeancri (samedi, 10 janvier 2009 17:31)


    Lecht a raison. Excellente chute aussi, Lecht.

    Et c'est bien parce que la véritable identité de Lecht nous a été dévoilée...qu'on ne pût le confondre avec un quelconque fonctionnaire, fonctionnaire bien rôdé à l'exercice du truc le plus énorme pour énerver les concitoyens.
    Chaque corporation du "service public" a comme cela ses préférences pour casser les pieds de ses clients. Du service population, au tri des déchets, les gardiens de prisons, les impôts, la protection de l'environnement, les services des douanes, les services hydrologiques, l'office des étrangers, l'institut des statistiques, les repérages géologiques, la prévision du temps...Tous peuvent être créatifs ... Tous on en commun de s'ennuyer tellement dans leurs bureaux grisâtres qu'ils rivalisent d'imagination pour trouver de quoi énerver ceux qui ont la chance de s'amuser à leur travail... dans les désopilants secteurs de la chimie, du textile ou des assurances, alors ils les ennuyent jusqu'à atteindre leur pension.
    Ainsi, les contrôleurs de contributions sont devenus des experts de Facebook. Rien que pour vous ennuyer. Rien que pour vous énerver. Ils trouvent votre date de départ en vacances pour vous coller - le jour même - un de ces petits contrôles les plus désagréables. Il convient d'avoir été prudent en exhibant les photos de votre dernière BMW cabrio ou d'avoir joint le groupe "Casino de Middelkerke". Mieux vaut le savoir. Je compte d'ailleurs sur chacun pour rapporter ses aventures avec ces sympathiques corporations. La vengeance va être très dure.
    Le problème évoqué par Marc cette semaine impacte un nombre très important de nos concitoyens, et n'est pas à confondre avec le "retard dette-rein". Celui-là est assez rare. Je l'explique car il est très intéressant. Le rein est avec le prépuce un des rares organes que l'on peut donner de son vivant. Le rein parce qu'on en a deux, le prépuce parce qu'il n'est pas vital.
    - le prépuce ?
    - Bien sûr le prépuce, ben oui... vous croyez quand même pas que certains peuples se défont de leur prépuce sans une petite compensation financière... surtout par les plus doués en affaires...? Cessez de m'interrompre.
    Lorsque vous faites le don d'un rein à un de vos proches, bien sûr en principe on le donne. Mais dans un sens, le receveur le doit au donneur. C'est la dette-rein. Ou la dette-coeur, ou la dette-tympan, la dette-cristallin, la dette-prépuce ou la dette-triangle publien selon ce qui a été donné.
    - Dites, dites...
    - oui, je sais, dans pas mal de cas, la dette est envers les héritiers... si vous continuez, je fais évacuer la salle, je poursuis...
    Récemment, un américain avait fait un don de rein à son épouse. Et de reins, elle prouva à son amant combien elle était capable encore de très bons coups, de reins. Du don d'organe, elle fit un don d'orgasme... Je vous entends déjà: "la saaaaalopppe" mais laissons-là ces questions revenchardes, j'ai demandé du calme.
    Dans ces conditions, il exigea qu'elle rende le rein...Il ne voulait pas avoir donné ce rein pour rien. Evidemment elle hésite, ...elle en a besoin. Vraiment besoin... Elle en a besoin pas que pour les coups de reins. C'est cela le retard dette-rein. C'est le receveur qui tarde à rendre le rein qu'il doit à son donneur. Croyez-moi, le retard dette-rein dépasse largement le retard de train évoqué par Marc.
    Pourquoi faut t'il au fond faire un don d'organe ? on peut le vendre... voire le mettre en location, ou le prêter si c'est pour un ami ? Comment savoir aujourd'hui que si je vous donne mon rein demain, je ne le regretterai pas après-demain ? ...ou si simplement j'en ai besoin moi-même ? Donc je vous loue mon rein pour 500 € par mois, jusqu'au jour où moi-même j'ai besoin de mon rein, et vous me le rendez...
    Et bien je vous laisse réfléchir sur cette question éthique importante. Nous ne manquons pas de gens malins sur ce site, et j'ai le sentiment que ce qu'on y écrit ces beaucoup de foutaises, non ?
    A fort bientôt à tous.

    Jeancri

  • #3

    Robert (dimanche, 26 avril 2009 11:28)

    Je viens de lire la nouvelle sur les 4X4 et aussi les navetteurs
    Pas mal, rédigée avec beaucoup d'esprit un peu iconoclaste aux effets parfois un peu contre intuitifs mais pas difficile d
    'accès En tous les cas je reviendrais sur ce site.
    Au plaisir de vous lire adalen