Le petit peuple des Trottoriens

Bonjour chers lecteurs attentifs!

 

Aujourd'hui, nous nous passionnerons pour une énigme qui nous turlupine tous l'esprit, sans que nous en ayons spécialement conscience.

 

Enigme posée par André, Indien napolitain, philosophe à ses heures et pointu lecteur.

 

Quand vous marchez sur les trottoirs de nos villes et cités, partout sur la planète, sous tous les hémisphères, elles sont là, omniprésentes.

Sur chaque mètre carré de trottoir, elles pullulent parfois en grand nombre.

Vous marchez dessus sans y penser.

Elles sont de formes variables, mais reconnaissables. Circulaires, oblongues, ovales. Jamais carrées, toujours arrondies.

Leur couleur oscille du blanc sale au gris noirâtre.

Ah oui! me criez-vous toutes et tous en choeur.

Les pastilles de chewing-gum écrasé !

...

 

Des pastilles de chewing-gum écrasé... En êtes-vous si sûrs, chers lecteurs ?

Réfléchissons un peu ensemble.

 

Personnellement, je suis un piéton assidu. En près de 40 ans de piétonnerie, je n'ai jamais vu de mes yeux vu quelqu'un jeter un chewing-gum sur un trottoir.

Je n'ai jamais vu non plus une boule de chewing-gum fraîchement mâché sur le trottoir, prête à être écrasée par mes pas empressés.

D'ailleurs, si j'en voyais une, je m'en écarterais prestement, tout comme nous évitons soigneusement les "cadeaux" laissés par la gent canine.

Ces cadeaux sont si peu désirables sous nos chaussures, qu'ils expliquent d'ailleurs pourquoi la grande majorité des piétons fixent le trottoir en marchant.

Ce réflexe d'évitement s'exercerait donc aussi immanquablement sur les boules de chewing-gum.

Regardez les semelles de toutes vos chaussures...

Y décelez-vous des traces de chewing-gum ? Non !

C'est normal, puisque vous n'en écrasez pas. Et vous n'en écrasez pas, parce qu'il n'y en a pas !

 

En outre, le chewing-gum qu'il nous arrive de chiquer, est le plus souvent coloré. Une fois son bon suc épuisé par notre mastication prolongée, le chewing-gum conserve de sa couleur originale.

Or, les taches écrasées que nous apercevons sur nos trottoirs ne sont ni roses, ni vertes, ni bleues! Elles sont grisâtres. Aucun producteur n'aurait l'idée de vendre du chewing-gum gris.

 

De plus, même si nous ne l'avalons pas, le chewing-gum est biodégradable. Et les traces qui maculent nos trottoirs datent parfois de plusieurs années...

 

Scoop !!! La vérité est donc ailleurs : il ne s'agit pas de chewing-gum écrasé !

Voilà l'énigme : d'où proviennent ces traces ?

 

Nous avons lancé le détective Chiklet, notre plus fin limier, sur leurs pistes. Chiklet est diplômé des meilleures hautes écoles: la chère Lock Holmes School de Londres, les pas minces Pectercolumbo College de Los Angeles et PecterderrickInstituut de Bonn.

 

Il a fouiné sur tous les trottoirs du monde, a planqué des jours et des nuits, suspendu au-dessus de trottoirs de tous âges, équipé de jumelles électoniques à balayage infra-rouge.

 

Et Chiklet a trouvé!!!

 

Les taches apparaissent toujours la nuit. Il n'y a aucune intervention ou cause humaine. L'origine est endogène aux dalles de trottoir!

Chaque dalle de trottoir est en soi un micro-écosystème parfaitement autonome et en équilibre avec l'univers.

Tout comme un alien survolant notre planète n'y distingue pas les habitants ni même les villes à l'oeil nu, nous, piétons, ne voyons pas la population présente sur une dalle de trottoir.

Et pourtant, qu'est-ce que ça grouille de vie. les Trottoriens habitent les dalles de trottoir, et sortent la nuit quand les piétons sont moins nombreux. Ils nous ressemblent, mais sont minuscules. Leur lubie, c'est la propreté sonore de leurs dalles.

Chaque fois qu'un piéton marche sur une dalle de trottoir, cela génère un bruit: le bruit de nos pas. Le volume sonore dépend du moelleux de la semelle et de la force des enjambées. Un talon aiguille est bien plus bruyant qu'un talon plat, le bois bien davantage que le caoutchouc.

Chaque pas produit un son, chaque son est un ensemble de notes de musique. Ces notes libérées: croches, noires, blanches, rondes,  finissent par retomber sur les dalles, et s'y éparpillent tels des déchets inertes.

Les Trottoriens sortent la nuit, balaient puis empilent ces restes sonores en tas distincts. Noires et blanches s'y enchevêtrent et finissent par former ces plaques grisâtres qui s'offrent à notre regard.

 

Tous les dix ans l'Homme nettoie ces traces avec de l'eau sous pression, ou remplace les dalles à cause des câbles de téléphone, des tuyaux de gaz ou des canalisations d'eau à réparer...

 

Le matin, chers lecteurs, ne vous levez pas trop tôt: rien ne sert de courir ! Les Trottoriens s'activent à faire place nette ! Ils ne dénotent pas dans le paysage.

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Commentaires : 8
  • #1

    Jeancri (vendredi, 20 février 2009 17:00)


    Il avait tout ce qu'il faut pour que jamais, jamais on ne l'importune pour ses occasionnelles petites incivilités. Du haut de son mètre quatre-vingt cinq, fort de ses nonante cinq kilos, il aimait à vérifier jusqu'où il pouvait se permettre de petits écarts aux principes que lui avait inculqués sa maman. Elle avait toujours rêvé d'en faire un "bon garçon".
    Très tôt à l'école, il avait remarqué qu'il osait dire, faire des choses que ses copains n'osaient pas faire...Ca faisait rire les filles qui l'encourageaient d'abord dans la voie de l'amuseur public. Chaque année au mois de septembre néanmoins, il ne comprenait pas pourquoi les filles aivaient l'air un peu plus jeunes que l'année précédente. C'était d'ailleurs heureux, car plus les filles grandissaient, moins ses pitreries les amusaient.

    Un peu isolé à l'âge adulte par une intégration professionnelle pas facile, par un isolement tranché de la gent féminine, il continuait de devoir se convaincre qu'il pouvait absolument tout se permettre.
    Seule sa maman, chez qui il vivait toujours à plus de trente ans, lui avait laissé sa porte ouverte.

    Il aimait plus que tout d'avaler une canette 50 cl d'un coup sec, avant même d'être passé à la caisse d'une grande surface, et d'attendre d'éructer très bruyamment au beau milieu du magasin.
    Le dégoût qu'il suscitait vidait naturellement les rayons voisins, et il pouvait bien tranquillement déposer le cadavre métallique dans le rayon pyjamas bébés sans que personne ne l'importune. Il atteignait le sommet de son art quand, attendant dans la file d'une caisse, il en lâchait une autre qui provoquait rapidement le même effet général sonore et malodorant, invitant les autres clients à joindre aussi rapidement que possible la caisse la plus éloignée à l'autre bout du magasin.
    Il pouvait mesurer de façon immédiate son petit effet sur son environnement.

    Il pouvait vider en quelques secondes le paquet de chewing gum "biblicious" rose pour en faire une immonde bulle rose, le forcant à garder la bouche assez ouverte, et qu'il abandonnerait rapidement le plus au milieu du trottoir pour garantir une désagréable impression collante sous le pied de celui qui marcherait dessus le lendemain. La démarche pataude, les jambes légèrement arcquées car son schéma corporel lui renvoyait des attributs bien plus flatteurs que ce que la nature lui avait offert, il marchait le regard haut forçant les dames agées et autres passants à se mettre de côté.
    Il vécut un grand moment d'humilité et croisant un jour le fils d'une de ces petites vieilles qu'il avait véritablement bousculée. Le fils l'attrappa par le fond du pantalon, lui fit faire quelques tours de son caleçon qui lui fût arraché d'un geste sûr. C'est le lendemain qu'il passa chez "Animaux en péril" pour adopter Jessie, une jeune chienne dobermann battue par un maître sanguinaire dans les premiers mois de sa vie. Il ne fît aucun doute qu'il avait payé là une sérieuse assurance qui lui épargnerait de telles humiliations.

    Une pauvre vieille du quartier se confia un jour à la maman, dénonçant le comportement peu respectueux du fiston de la famille, prit les choses en mains. A son retour, la chienne fût enfermée dans une cage métallique dans le jardin par un maître chien qui fût appelé et qui n'eût aucun mal à se faire respecter. La maman attendait son fils avec un seau et une pelle de plage de son enfance qu'elle sortît du fond du garage... Le menaçant de confisquer la télécommande de la télé, elle lui fit faire le tour du quartier pour ramasser tous les souvenirs de Jessie qu'il avait laissé... exprès au beau milieu du trottoir.

    Peut être verras-tu un jour dans ton quartier, un malabar qui marche avec un petit seau de plage et une petite pelle pour ramasser tout ce qu'il a semé les jours précédents... C'est que sa maman aura enfin sévit. Le quartier sera enfin à nouveau propre.

    Jeancri

  • #2

    le breton (mardi, 24 février 2009 23:04)

    j'ai envie de m'essayer à ces joutes verbales, mais la barre est haute, le niveau est élevé.

  • #3

    Lecht Heurt (jeudi, 26 février 2009 04:51)

    "Jehan vide, mais ça y est assez, joue tes verres bas, le met là-bas. Ray ôte le nid. Veau, est-elle levée?"

    Mille mercis, cher Marc, d'avoir répondu à une question tourmentante avec tant d'imagination véridique. Ce matin j'ai vu un piéton malhabile s'empêtrer dans ses jambes, perdre l'équilibre, et s'affaler de tout son long sur le trottoir. Cela engendra quantités de fausses notes sur plusieurs dalles. Les Trottoriens ne supportent pas les fausses notes. Bien qu'il était trop tôt, rien ne les empêcha d'émerger des fentes entre les dalles avec colère. Ils agrippèrent le piéton fautif, l'émincèrent en tranches fines, et le firent disparaître lamelles par lamelles dans l'antre de leur ventre anthropophage. Du piéton il ne resta plus que quelques menus objets épars: un peigne sale, un bic sans capuchon, et son porte-feuille, que je récupérai par souci d'épargne personnelle.

  • #4

    Jeancri (jeudi, 26 février 2009 20:23)

    Un tout petit travail de préparation devrait pourtant permettre à trottoriens et piétons de s'entendre. Les trottoriens sont stressés. Parce qu'on les piétine à longueur de vie, mais aussi parce qu'on fait des fausses notes. Ne plus les piétiner, c'est difficile, parce que c'est l'essence même de la vie du piéton de marcher sur le trottoir, et peut être le bonheur de poser le pied sur un déject encore chaud qui doit lui porter chance.
    Les fausses notes, on peut y travailler. Il suffit d'accorder les dalles en béton. Un dalle vibre, à l'instar d'une lame de xylophone dont la longueur définit une fréquence de vibration. En ajustant sa longueur, on peut faire "coller" la fréquence et vibration à celle d'une des notes de la gamme. Il suffirait de calculer la longueur idéale des dalles de façon à ce que chacune produise le son juste. Attention, tout oubli de Jessie sur un de ses dalles est non seulement susceptible de désaccorder la dalle (et donc de restresser les trottoriens), mais aussi d'en étouffer le son.
    Mais me direz vous ? Les semelles en cuir et en caoutchouc ne font pas vibrer les dalles de la même façon ?
    J'ai y bien pensé. On accordera les dalles côté gauche de la rue pour les semelles en cuir, et celles du côté droit pour les semelles en caoutchouc. Tout note diézée devra être peinte en noir que le piéton s'y retrouve...et on remplace dès septembre les cours de cathéchisme par un cours de solfège. Ch... pour ch...! au moins on fait quelque chose pour notre prochain... trottorien.

    Jeancri

  • #5

    Jeancri (vendredi, 27 février 2009 23:47)

    Tout petit commentaire pour le breton...bien sûr la barre est haute... Tontonmentor a promis un téléviseur écran plat pour celui qui ferait les meilleures réponses... et Lecht Heurt rêve depuis toujours d'un écran plat. Depuis, il ne dort plus, ne mange plus, néglige son travail pour écrire les plus belles réponses à Marc. Ce qui me fait peur, c'est que le deuxième prix est un gros stock de puzzles 350 pièces avec la collégiale de Nivelles vu du parc de la Dodaine jamais vendu. Il en reste 160 (pas de pièces, de puzzles...) dans le grenier de Marc. Je voudrais bien que quelqu'un me dispute le deuxième prix pour cela. C'est très accessible, vas y lance toi...

    Jeancri

  • #6

    Lecht Heurt (samedi, 28 février 2009)

    Il est bon de répéter, pour le breton, l'information suivante: "Géant vit deux mets seyaient à ses jougs, thé vert, bal mêla, barrait hôtel laine, Yves haut êtes, elle Ève est." En d'autres mots, il suffit de voir les choses différemment, et happe raide, lésés cris rampent roses.

    Jeancri, je n'ai pas d'écran plat mais des crampes là, terribles, à force d'écrire sans manger ni boire ni dormir (je ne néglige pas mon travail cependant: je ne viens ici qu'aux quarts d'heure de récréation), et je suis prêt à les échanger contre une boîte de puzzles de la collégiale de Nivelles (rien qu'une). Il est prudent de savoir, par ailleurs, que Marc ne m'a pas encore révélé le secret de Druidix. Ses promesses, c'est de la prose de messe: de bonnes intentions pieusement formulées, mais le transept ne leur rend d'autre écho que le silence divin. Sage toutefois est le Dieu qui nous épargne les timbres fiscaux.

  • #7

    Jeancri (samedi, 28 février 2009 23:07)

    Marc Marc
    Je viens de te trouve UN acquéreur pour UN de tes puzzles. Bon tu devras accepter de prendre ses crampes-là mais bon, pour une fois que tu as quelqu'un qui t'en prend un... ; )
    Bon dimanche, Marc
    Bon dimanche, Lecht
    Bon dimanche, le breton.

  • #8

    Le ch'ti mais lequel? Ah ah! (dimanche, 01 mars 2009 10:49)

    Mon très cher et meilleur Ami de l'Univers,
    Cher Marc,

    Quel bonheur de lire la dernière nouvelle de ton blog en ce dimanche matin!

    Je pense que tes histoires sont de l'or en barre! Si créatives, si énergisantes. Elles devraient être remboursées par la Sécu!

    A quand le formateur conteur écrivain à son compte?