Terra 4 saisons, svp.

Aujourd’hui nous parlerons, cher lecteur attentif, de l'art de cuisiner les saisons.

 

Car en effet, si on lit bien, nous trouvons que le mot "saison" est imbriqué dans le mot assaisonnement.

 

Et tout s’éclaire !

 

La succession des saisons n’est qu'un moyen que le Grand Créateur a mis au point pour cuisiner notre bonne planète avec des recettes variées.


Nous ne sommes que des ingrédients parmi d'autres, dans la composition des plats. La durée de cuisson dure une vie. Quand un être passe de l'état vivant à l'état inerte, son âme s'envole et est dévorée par notre Grand Créateur.
Si notre vie a été bien remplie, assurément le goût de notre âme sera meilleur et plus relevé, et nous aurons les meileures places dans le garde-âmes du paradis.

 

 

Sur Terre, nous vivons tous dans une poêle particulière, puisqu’au lieu d’être plate et concave, celle-ci a la forme d'une sphère joliment convexe de tout côté.

 

Au fur et à mesure des ères qui passent, notre Grand Créateur a essayé diverses recettes. Il progresse sans cesse, invente de nouveaux menus et améliore sa cuisine.
C’est vrai que si notre divin Bocuse a longtemps cuisiné des dinosaures jusqu’à la fatale indigestion,  c’est parce que la chair de l'âme de ces reptiles lui était infiniment délicieuse.
Mais le goût finit par se lasser, et donc il créa de nouveaux produits. Les âmes de mammifères et de l'homme en particulier sont fort à la mode actuellement, là-haut.

 

Et maintenant, le Grand Créateur fristouille l’humanité de diverses manières.
Chez nous, il met le feu en veilleuse en hiver et nous sale de temps en temps de gros grelons ou nous sucre de flocons de neige impalpable.
Ou alors en été, il nous soumet à pleine cuisson, tout en nous arrosant de temps en temps de jus d'averse pour que nous ne desséchions pas. 
Pour l’assaisonnement en périodes intermédiaires, des épices de couleurs variées, plus vertes au printemps, plus rouges et ocres en automne, viennent parfaire la préparation.


Pour goûter à tout instant le mets, le Créateur prélève régulièrement quelques âmes pour voir si elles sont goutues à souhait ou cuites al dente.

  

Si le Grand Créateur est content, il dit :
« on on on on on on on on on on on on on on on on ».

16 « on » d’affilée.

 …

 

Troublant, non ?

 

Ceci étant dit, chers lecteurs assidus, soyez prévoyants. De votre vivant, demandez à ce que l'on glisse dans votre cercueil ou dans votre urne du sel et des épices, ainsi qu'une belle serviette. Un petit verre de rouge est aussi le bienvenu. Cela Le mettra de bonne humeur...

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Commentaires : 2
  • #1

    piemgo (mardi, 19 mai 2009 07:35)

    Un verre de rouge dans notre cercueil, oui,
    sans oublier quelques petits vers (de)
    blancs (rien de tel qu'un verre à soi)
    et ...une dernière bière.
    Par la suite, ne vous étonnez pas de
    trouver de jolies gerbes sur notre tombe, d'ou l'utilité de la serviette probablement.
    Cher Marc, à la Tienne et à Dieu. ;-)

  • #2

    Lecht Heurt (samedi, 03 octobre 2009 23:41)

    La thèse du Professeur Mentor est d'un point de vue anthropo-théo-thanatologique tout simplement fascinante. Elle renverse l'un des grands paradigmes culturels de l'humanité, selon lequel l'homme offre des sacrifices à ses dieux divers afin de les amadouer à des fins individuelles ou sociales. Combien de victimes humaines et animales n'ont-elles ainsi pas été égorgées, brûlées, ou précipitées dans des gorges profondes pour détourner la lave d'un volcan ou réhumecter les champs? Tout cela en vain car le Professeur Mentor nous montre que c'est tout le contraire qui se passe. C'est la divinité elle-même qui nous sacrifie sur l'autel de la terre entière, après mijotement de longueur variable selon l'urgence de plans impénétrables. L'intérêt de ce renversement tient au fait de la logique qui la soutient. Car il n'est pas de sacrifice sans désir d'amadouer. Qui donc ces dieux divers cherchent-ils à amadouer en nous faisant trépasser un à un ou en masse? Comme tous ces dieux sont eux-mêmes éternels, il est clair qu'ils ne sont pas eux-mêmes assujettis à cette même logique pour le compte d'un plus grand dieu ou clan de divinités supérieures. Il n'y a pas de régression à l'infini dans les sphères théofères. Chercheraient-ils à s'amadouer les uns les autres? Non, car tous ces dieux en dépit de leur apparente diversité forment une unité indivisible. Serait-ce vraiment pour satisfaire leur propre gourmandise? Le professeur Mentor penche dans ce sens, mais je pense qu'il a tort. Les dieux, en nous mijotant, sont bien moins intéressés dans notre chair—pas terriblement fraîche à l'heure de l'ultime soupir—que dans notre âme volatile. Que nous ayons chacun une âme est une question bien sûr controversée, puisque personne n'a jamais décrit cet objet de manière convaincante. Mais cette question n'offre aucune controverse parmi les dieux, puisque sur ce point comme sur tous les autres ces êtres pannoétiques s'accordent dans une harmonie de vue parfaitement plane. Les dieux récoltent donc nos âmes parce que la forme de celles-ci, pour nous à jamais invisibles, est pour eux un ingrédient vital dans leur façon de gouverner l'univers dont ils ne font ni partie ni pas partie. Chaque âme, après avoir vécu au sein d'un corps pendant toute une vie, si courte ou longue soit-elle, a engrangé des expériences extrêmement intéressantes qui sont hors de portée de ces êtres incorporels. En nous absorbant, les dieux apprennent énormément de choses sur l'univers. Nos âmes sont pour eux comme des DVDs dont ils sont les lecteurs. Toute l'information que nos âmes leur apportent est engrangée dans le réservoir de l'omniscience, sorte de banque de données infinie dont l'auto-organisation structure l'omniconscience universelle. Les dieux divers sont au service de cette omniconscience, dont ils ne font ni partie ni pas partie. C'est cette dernière qui nécessite notre trépas. La seule façon d'échapper à ce sort est de nous réinitialiser régulièrement. Mais cela n'est pas donné à tout le monde.